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Le point de vue de Bernard Egger (APMEP), avril 2015

Egger 2015

Programmes à revoir, revoir les programmes

Bernard Egger, président de l'Association des Professeurs de Mathématiques de l'Enseignement Public (APMEP)

Le Conseil Supérieur des Programmes a rendu sa copie. De nouveaux programmes pour le collège vont bientôt être mis en œuvre. Avec une certaine sagesse, le ministère a décidé de les mettre en application à la rentrée 2016. Dans un premier temps, cela permettra une consultation dont on peut espérer qu’elle soit plus consistante que celles de la réforme des lycées, du temps de Luc Chatel.

Selon le calendrier prévu, les programmes devraient être publiés en juin prochain. Il restera donc toute une année pour s’y préparer. Evidemment, nous ne pouvons qu’espérer que ce laps de temps soit utilisé par l’institution pour une formation conséquente des enseignants. Idéalement, cette longue année pourrait être consacrée à l’expérimentation et pourquoi pas à une révision à la marge. Le principe de programmes à revoir, de programmes revus avant leur mise en œuvre, suite à des séries de tests, serait indéniablement une grande avancée.

Ecrire de nouveaux programmes n’est pas une mince affaire. Je suis bien placé pour le savoir puisque j’ai fait partie de la commission de révision des programmes des classes préparatoires économiques et commerciales. C’est au travers de discussions longues et souvent animées qu’un consensus se dessine. Il faut définir que ce qui semble faire partie du bagage mathématique incontournable pour le public concerné, tout en ayant en permanence à l’esprit la nécessité d’une cohérence d’ensemble. Au final, après un long travail, on livre un produit dont chaque membre de la commission est très fier, mais aussi conscient qu’il contiendra des imperfections.

sigle apmep

Ces imperfections, chacun peut les voir à l’œuvre dans son enseignement : une notion mal précisée, susceptible d’interprétations assez éloignées de celle prévue sur le moment, des rouages qui manquent entre deux concepts… Mais l’écueil principal de tout nouveau programme ne se réduit pas à ces réglages inévitables et bien souvent imprévisibles. Ce que par nature, un nouveau programme prend difficilement en compte, c’est le « nouveau » public d’élèves auquel il va s’adresser.

La nécessité de modifier les contenus enseignés en classe préparatoire s’est imposé du fait des changements importants des programmes du lycée. Les connaissances avaient changé, il fallait donc adapter les concepts et parfois les toiletter. Néanmoins, cette démarche ignore « l’élève réel ». On modifie des contenus en faisant comme si le contenant était toujours le même. Mais évidemment, l’élève réel que nous recevons dans nos classes, « résultat » d’un apprentissage préalable, n’est pas toujours homologue à celui supposé au moment de l’écriture de nouveaux programmes. S’il est relativement facile de prévoir les savoirs qu’il possède à la lecture des programmes des classes antérieures, on envisage les savoir-faire dans le prolongement avec ceux de nos anciens élèves.

Or un programme nouveau (qu’il faut penser comme celui d’un cycle complet), crée des ruptures au niveau du « contenant » : certaines compétences disparaissent, d’autres se manifestent. Les enseignants se plaignent souvent à juste titre : « ils ne savent plus faire çà ». On a beau jeu de leur rétorquer : « oui, mais ils savent maintenant faire cela ». Le problème principal est que le « cela » en question ne sert pas dans les nouveaux programmes, n’est pas évalué. La compétence acquise est alors au mieux inutile, au pire source de conflit avec ce que l’on doit enseigner. Ainsi, nous mettons artificiellement pas mal d’élèves en échec.

La situation peut devenir très préoccupante quand les modifications ont été importantes dans les cycles précédents. A titre de comparaison, c’est comme si l’on voulait faire tourner une vieille machine avec des pièces nouvelles qui, certes ressemblent en partie aux anciennes, mais ne sont pas vraiment faites pour les remplacer. Comme nous le savons en informatique par exemple, çà coince. Pour le technicien, il reviendra sans doute moins cher de changer la vieille machine pour optimiser le fonctionnement de l’ensemble.

Nous ne pouvons pas changer de public. Les élèves que nous recevons sont souvent l'aboutissement d’un processus de formation complexe qui associe les contenus et les enjeux des programmes qu’ils ont suivi, mais aussi parfois les difficultés que leurs enseignants ont pu avoir avec de nouvelles notions (je pense évidemment aux probabilités). Pour leur permettre une meilleure réussite, il faut que nous puissions comprendre ce qu’ils sont et ce qu’ils savent faire. Il paraît logique d’adapter les progressions aux compétences du public pour l’amener à s’approprier plus facilement de nouveaux savoirs et savoir-faire.  Pour cela, revoir les programmes d’un cycle au bout de deux ans de fonctionnement est un impératif. Il ne s’agit pas de tout modifier, mais de permettre certains réglages qui « optimiseront » la transmission du savoir.

Une commission de suivi des programmes a été créée il y a quelques années pour la classe de seconde. Elle a rendu un rapport. Depuis plus rien. Il est temps de la relancer, de la généraliser à l’ensemble des classes et de mettre en œuvre les procédures qui permettraient de tenir compte des préconisations ainsi obtenues. Et je n’ai aucun doute sur le fait que de telles mesures sont susceptibles de réduire l’échec de nos élèves.

Bernard Egger le 25 mars 2015

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