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Le point de vue de Anne Gégout-Petit (SFdS), novembre 2013

Statistique, vous avez dit statistiques ?

Anne Gégout-Petit, présidente de la Société Française de Statistiques (SFdS)

Gegout-PetitStatistique vous avez dit statistiques ? Avec deux ou trois s ? Je pourrais, dans ce billet, vanter l’utilisation de la science statistique dans de nombreux domaines et tenter de vous montrer qu’elle est partout. Je me limiterai sur ce point à lister quelques actions récentes de notre société, en collaboration avec d’autres entités savantes ou de promotion des sciences, pour montrer que les mathématiques, dont la statistique, sont utiles dans tous les domaines et se déclinent de multiples métiers différents comme l’opération « Maths pour la planète Terre, Un jour une brève », la brochure « Les maths, l’explosion continue » sortie en octobre 2013 et le Zoom sur les Métiers de la Statistique.

Le public ciblé par la CFEM est bien spécifique, aussi je me laisse tenter à disserter (*) sur la place de la statistique au sein des mathématiques et bien sûr de l’enseignement des mathématiques. J’ai parfois l’impression que la statistique est un petit canard, pas forcément vilain, mais quand même, osons le dire, qui dérange. Essayons d’en comprendre quelques raisons. Au niveau de l’enseignement secondaire, les raisons sont multiples : d’une part, pour introduire les probabilités et la statistique dans les programmes, sans augmenter -et même en diminuant- le nombre d’heures d’enseignement, il a fallu faire de la place et supprimer l’étude de beaux objets mathématiques (je pense notamment aux équations différentielles, au moins aussi utiles que la statistique !). D’autre part, il faut le remarquer, l’introduction des probabilités et de la statistique, c’est l’introduction de l’aléatoire dans un monde mathématique jusque là déterministe ou tout est huilé, carré, juste ou faux et repose, une fois supposé quelques axiomes sur du … solide ! Patatras, voilà soudain qu’il faut quantifier l’incertitude, parler d’expériences dont on ne connaît pas le résultat, et même prendre le risque de se tromper, dur pour un mathématicien ! Pour peu que l’on demande cela à des enseignants (et ils sont nombreux !) qui n’ont pas eu de cours probabilités ou de statistique dans leur cursus….

Bien sûr, la statistique de l’enseignement supérieur et de la recherche repose sur des mathématiques sophistiquées et complexes et je suis la première à m’y complaire. Peut-être même que sans étudiant en stage et sans personne pour frapper à ma porte avec des vraies données et surtout des vraies questions, je m’en serais contentée. Mais la statistique gagne en puissance et en intérêt si elle va au delà du cadre mathématique. C’est pourquoi, j’invite les enseignants à ne pas se contenter de vérifier par quelques calculs les propriétés d’une moyenne ou d’une variance ou de jouer avec la loi binomiale
et le triangle de Pascal, etc. C’est bien dans le cadre de ce pourquoi elle a été développée qu’il est intéressant de la pratiquer : associée à une enquête, un sondage, un plan d’expérience, la notion de variabilité prend tout son sens ; associés à une vraie prise de décision sur la conformité ou la différence, l’intervalle de confiance et les tests prennent tout leur sens,… Bien sûr cela oblige à envisager des problématiques qui ne sont pas uniquement mathématiques mais suivant les cas, sociales, comportementales, biologiques, commerciales, industrielles, … et éventuellement à en questionner l’éthique. Cela oblige aussi à en discuter avec des spécialistes d’autres disciplines, gérer une interface informatique, questionner l’intérêt et les limites de l’outil mathématique utilisé, avant de restituer des résultats et des conclusions à partir desquelles, les décideurs pourraient bien prendre des décisions qui influenceront votre santé, le prix de votre police d’assurance, les publicités que vous recevrez…

Dans son -très- joli édito d’octobre, Sylvie Bonnet, en empilant des choux de Bruxelles, des fraises et des camions, nous a emmenés jusqu’aux étoiles…. Avec la statistique notamment, les mathématiques sont aussi horizontales, en interaction avec les acteurs des autres disciplines et de la société, bref, humaines …

Les lecteurs de la CFEM seront sûrement intéressés par nos revues : Statistique et Enseignement, Statistique et Société et CSBIGS qui accompagne ses articles de fichiers de données. La SFdS organise une journée grand Public Horizons de la Statistique le 21 janvier 2014 pour discuter des enjeux de la statistique de demain avec des personnalités de plusieurs disciplines.

(*) Bien partiellement, si vous voulez des éléments plus sérieux et complets, je vous invite dès maintenant à lire notre revue Statistique et Enseignement.

Anne Gégout-Petit, le 20 octobre 2013

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