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Le point de vue de Sylvie Bonnet (UPS), juillet 2015

Nécessaire interdisciplinarité... au lycée

Sylvie Bonnet, présidente de l'UPS (Union des Professeurs de classes préparatoires Scientifiques)

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En ce mois de juin 2015, l'heure est à la consultation sur les futurs programmes de collège et l'interdisciplinarité fait l'objet de nombreux débats. L'interdisciplinarité scientifique a toujours été un sujet naturel au sein d'une association comme l'UPS composée de professeurs de mathématiques, physique, chimie et informatique.

Depuis la mise en place de la dernière réforme du lycée, ce sujet est devenu pour nous une préoccupation majeure. Pour remédier à la baisse d'attractivité des filières scientifiques qu'ils attribuaient à la terreur exercée par les mathématiques sur les lycéens, les concepteurs des programmes de physique chimie du lycée ont pris le parti délibéré de l'abandon du formalisme mathématique au profit d'un enseignement purement qualitatif des sciences expérimentales. Dans le même temps, parce que cet enseignement était réputé « mal passer » auprès des élèves, les programmes de mathématiques étaient vidés de leur contenu géométrique, se privant ainsi de la possibilité d'une synergie féconde avec les sciences physiques. Depuis la session 2013, un bachelier S n'a jamais rencontré une équation différentielle, ni mené un calcul de plus de deux lignes en physique. On a ainsi rendu très compliquée, voire impossible, l'idée même d'interdisciplinarité dans le domaine scientifique.

Voir cette idée ressurgir dans les programmes de collège pourrait être une agréable surprise, si elle déclenchait une prise de conscience des erreurs commises au lycée. Inutile d'espérer : le travail de conception des programmes de collège n'a été précédé d'aucune concertation entre les experts des différents groupes techniques et la précipitation dans laquelle les nouveaux programmes vont être mis en œuvre rend impossibles la préparation et la formation des enseignants à ces nouvelles pratiques dans les délais impartis.

Par ailleurs, une interdisciplinarité bien pensée ne peut exister sans des acquis disciplinaires solides que les élèves peuvent mobiliser quand ils sont confrontés à des situations complexes. La réforme du lycée a révélé dans ce domaine d'inquiétantes faiblesses chez les nouveaux bacheliers S. Parce qu'ils ont bénéficié de moins d'heures de sciences que leurs prédécesseurs, de moins de temps d'exercices du fait de la disparition de toute modélisation des enseignements de sciences expérimentales, parce qu'ils cumulent les déficits entraînés par l'illusion que le calcul instrumenté rend obsolète le développement de l'habileté calculatoire, leur niveau de maîtrise des opérations élémentaires s'est dégradé. Parce qu'ils se savent capables de faiblesses étranges dans ce domaine, ils ont beaucoup de mal à développer la confiance en leurs boîtes à outils techniques et conceptuelles. Leur autonomie s'en trouve très amoindrie.

C'est au collège que ces bases solides doivent être posées. Les élèves de seconde seraient alors prêts à s'investir dans un travail interdisciplinaire. Les programmes actuels de sciences du lycée devraient alors impérativement être repensés, et le travail devrait commencer par de sérieux échanges interdisciplinaires. Et comme 2019 c'est demain, il faut s'y mettre maintenant.

Sylvie Bonnet, le 22 juin 2015


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